« Affaire Soro : simple machination politique ou projet avéré de déstabilisation ? »

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« Affaire Soro : simple machination politique ou projet avéré de déstabilisation ? »

(Photo d'archives pour illustrer l'article)

Loin des émotions, Said Penda a pris le temps de revisiter tous les faits et éléments, dans une analyse sans concession et sans passion dans l'affaire Soro.

Le déclenchement des poursuites judiciaires contre Guillaume Soro a provoqué des réactions diverses. Entre suspicions d'une simple cabale menée contre un opposant « craint et redouté » pour certains et existence d'un projet réel de déstabilisation et de détournements de deniers publics, l'on se perd quelque peu. Même des observateurs indépendants comme moi ont été quelque peu perturbés par cette brusque montée de tension.

Le timing du déclenchement des poursuites.

La justice ivoirienne, sur la base d'éléments présentés à un juge par le parquet, a inculpé l'ex-chef rebelle et ancien président de l'Assemblée Nationale pour « tentative de déstabilisation des institutions » qui devait notamment se matérialiser par l'assassinat du président de la république et d'autres dignitaires du régime, et « détournements de deniers publics » pour, entre autre, l'acquisition de plusieurs biens immobiliers sur des fonds qui étaient plutôt destinés à faciliter le travail du dirigeant qu'il était et qui ne pouvaient en aucune façon servir pour des dépenses personnelles.


Mais en attendant qu'un procès équitable puisse établir la véracité des faits qui sont reprochés à Guillaume Soro ou, dans le cas contraire, le blanchir si les preuves de sa culpabilité ne sont pas établies, les partisans de celui qui a aussi été premier ministre et ministre de la défense crient au scandale. Ils dénoncent ce qui, d'après eux, relève d'une simple instrumentalisation de la justice.

La plupart des observateurs indépendants, sur la base d'un timing qui trahirait la collusion d'agenda entre le politique et le judiciaire, relèvent le fait que les poursuites ont été enclenchées juste après que Soro Guillaume a déclaré sa candidature à la prochaine présidentielle. Mais à l'analyse des faits et événements similaires aujourd'hui connus de tous -en Afrique et ailleurs dans le monde- mes propres doutes et les suspicions des uns et des autres s'écroulent comme un château de cartes.


Tout prêt de nous, au Mali, dans le cadre d'une opération « mains propres », la justice a procédé à une vague d'arrestations de personnalités publiques (souvent des soutiens de premier plan du régime aucunement tombés en disgrâce) et des hauts fonctionnaires sans ambition politique. On ne crie pas au scandale dans ce pays frère, même si ces affaires existaient depuis des années et que la justice elle-même affirme s'être saisie sur la base de dénonciations. Ceci étant, le cas Guillaume Soro pourrait plutôt être mis en parallèle avec deux autres affaires en France.

Autant on ne peut penser que des adversaires internes au parti socialiste ou même au sommet de l'État français (Nicolas Sarkozi dont les sondages prédisait une défaite s'il avait en face de lui Dominique Strauss-Khan) ait pu piéger l'ex-patron du FMI avec une femme de chambre aux États-Unis, autant il nous semble un peu précipité d'imaginer que Guillaume Soro aurait tenu des propos compromettants devant un mercenaire français qui l'a enregistré s'il n'avait réellement pas nourri l'intention d'attenter à la vie du président Ouattara.


Par ailleurs, on peut noter que les procédures judiciaires et l'inculpation de François Fillon, pour de présumés faits de fraudes et détournements qui se sont produits des décennies auparavant, sont intervenus en pleine campagne pour l'élection présidentielle. Certains de nos confrères et divers analystes ont beau relever que la source des médias qui a déclenché les poursuites était à rechercher parmi les adversaires de Fillon, il ne demeure pas moins que cette affaire confirme le fait que la justice ne se met en mouvement que lorsqu'elle dispose d'informations cruciales suffisantes et crédibles.


Que cela désavantage politiquement ou non le mis en cause, la justice ne prend jamais le risque de retarder une procédure en se fondant sur un agenda politique qui pourrait créer un doute sur son indépendance en donnant l'impression d'une collusion à quelque niveau. La Côte d'Ivoire n'échappe pas à cette posture, et ne devrait pas faire exception à ce principe. Ce qui importe %u2013aux yeux de la justice et des défenseurs de l'égalité de tous devant la loi que nous sommes- c'est moins le timing du déclenchement d'une procédure, mais bien la véracité des faits et la pertinence des arguments qui sous-tendent l'ouverture de l'instruction judiciaire, quelle que soit par ailleurs la qualité de l'accusé.



Dans le cas du dossier Soro Guillaume, le mis en cause reconnaît que la voix qui échafaude un plan de déstabilisation dans la bande audio publiée par la justice est bien la sienne. Sur l'inculpation pour détournements de deniers publics, Soro avoue là encore que l'immeuble identifié par la justice est bien le sien, et confesse l'avoir acquis sur « sa caisse noire » quand il était Premier Ministre, des fonds nullement affectés à des dépenses personnelles.

Certains observateurs sont dubitatifs sur l'assurance pour l'ex-dignitaire du régime tombé en disgrâce de bénéficier d'un procès équitable. Les faits en notre possession démontrent cependant d'une justice ivoirienne qui se montre de plus en plus indépendante. Rappelons pour exemple que Simone Gbagbo avait été acquittée par une juridiction ivoirienne dans une des affaires pour lesquels elle était poursuivie, alors même qu'elle était présentée comme l'ennemi public N°1 par le régime et ses supporters.



D'autre part, l'État dans ce pays perd régulièrement des procès dans des affaires qui l'oppose à des entreprises ou même à de simples individus, Ivoiriens ou étrangers, preuve s'il en fallait que la justice ivoirienne est capable d'indépendance et d'impartialité, souvent même quand « l'intérêt supérieur de la nation » est en jeu. Pour terminer, lors des élections municipales et régionales de l'année dernière, les différents contentieux électoraux devant les tribunaux ivoiriens ont connu des jugements, parfois défavorables à des dignitaires du pouvoir, rendus par des juges jaloux de leur indépendance, qui n'ont eu recours qu'à la loi et aux faits.

Les décisions rendues lors de ces contentieux électoraux n'ont pas manqué de provoquer quelques grincements de dents dans les rangs de certains partisans du président Ouattara qui se sont offusqués « d'une justice qui travaille contre nous alors même que nous sommes au pouvoir ». Malgré cette clameur, aucune tentative de l'exécutif pour contrarier ces décisions de justice n'a été observée.


En conclusion, seul un procès de Guillaume Soro nous permettra de juger de la collusion supposée ou réelle entre un régime auquel il est notoirement opposé et le pouvoir judiciaire. En attendant, à ce stade de la procédure, toute autre déclaration ou analyse contraire relève de la pure spéculation sans fondement réel.

Restons dans la vérité des faits, même quand elle ne nous rendrait pas populaire ou qu'elle ne nous attirerait que tracasseries et ennuis.
auteur : Said Penda

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